Dean O’Connell – Le travail d’un descendant

Inspiré par son grand-père, qui a combattu en Italie durant la Seconde Guerre mondiale, Dean O’Connell a commencé à explorer l’histoire militaire de sa famille en 2019. Ce qui était au départ une démarche personnelle est rapidement devenu une recherche approfondie, couvrant plusieurs générations.

Enfant déjà passionné par l’univers militaire, Dean se souvient avec émotion des médailles et souvenirs de guerre de son grand-père. « C’était un véritable trésor », raconte-t-il. Il savait que son grand-père avait servi en Italie et que deux de ses grands-oncles étaient morts durant la Première Guerre mondiale. C’est à partir de là que tout a commencé.

Dean précise qu’il n’est pas historien de formation. Ses premières recherches prenaient la forme de simples notes, destinées à permettre à ses enfants de mieux comprendre l’histoire de leur arrière-grand-père lors des commémorations de l’ANZAC Day. Mais très vite, la richesse des découvertes l’a poussé à aller plus loin. Aujourd’hui, il a retracé le parcours militaire de plus de 300 membres de sa famille, proches ou éloignés.

Ses recherches couvrent de nombreux conflits, des guerres de Nouvelle-Zélande et de la guerre anglo-boer jusqu’à la Première Guerre mondiale, révélant à quel point le service militaire est profondément ancré dans l’histoire de sa famille. Ce travail a donné naissance à Families in the Service of their Country, un projet à la fois intime et ambitieux, retraçant l’engagement de celles et ceux qui ont répondu à l’appel lorsque leur pays en avait besoin.

L’un des objectifs majeurs de Dean était de se rendre sur les tombes des membres de sa famille enterrés en Europe. Après avoir voyagé à Ypres et à Gallipoli à la fin des années 1990, il est retourné en Europe en avril 2025 afin de poursuivre ce pèlerinage personnel. Au cours de ce voyage, il a visité de nombreux cimetières militaires du Commonwealth dans le sud de la Belgique et le nord de la France, ainsi que le New Zealand Liberation Museum – Te Arawhata, situé à Le Quesnoy.

Parmi les moments les plus personnels et les plus marquants de ce voyage figure la visite des tombes de ses grands-oncles, Patrick Shelley et James O’Connell. Patrick a quitté la Nouvelle-Zélande en 1914 et a ensuite rejoint de nouveau le Corps expéditionnaire néo-zélandais après avoir été réformé pour raisons de santé. James est parti à son tour en 1916. Tous deux ont été blessés sur le front occidental et sont décédés par la suite des suites de leurs blessures. Patrick repose au cimetière britannique de Bagneux, tandis que James est enterré au cimetière militaire de Dozinghem.

« Ces histoires, ajoutées à celle de mon grand-père, m’ont vraiment fait comprendre pourquoi je devais continuer », explique Dean. « Elles m’ont donné envie de comprendre non seulement ce qu’ils ont vécu, mais aussi l’expérience de tous les hommes et femmes de notre famille qui ont répondu à l’appel. »

Un autre chapitre important de ses recherches se concentre sur trois membres de sa famille élargie, James Boyle, Laurate “Laurie” Goodwin et Walter Roebuck, qui ont participé à la libération du Quesnoy le 4 novembre 1918. Bien qu’ils portent des noms de famille différents, Dean a découvert leur lien familial par des mariages au sein de la lignée Spurdle, un nom qui revient régulièrement dans son arbre généalogique.

La libération du Quesnoy s’est révélée particulièrement complexe. En raison de l’importance historique de la ville, les forces alliées ont choisi de ne pas la bombarder, rendant l’opération bien plus délicate. Grâce aux recherches de Dean, les rôles individuels de Walter, Laurie et James apparaissent comme faisant partie d’un effort collectif minutieusement coordonné.

Walter, servant au sein du 2ᵉ bataillon, a contribué à sécuriser la voie ferrée au nord-ouest de la ville sous un intense feu de mitrailleuses. Laurie, également affecté au 2ᵉ bataillon, a soutenu les opérations pendant que le 4ᵉ bataillon progressait vers les remparts. James a joué un rôle essentiel en couvrant les soldats qui ont escaladé les murs à l’aide des célèbres échelles. Si l’image de ces échelles est devenue emblématique, Dean souligne que la réussite de l’opération reposait avant tout sur l’encerclement de la ville et la pression exercée en plusieurs points.

« Se tenir à l’endroit même où les échelles ont été posées permet de comprendre qu’aucun individu n’a accompli cela seul », confie Dean. « Ils faisaient partie d’une division hautement entraînée, travaillant ensemble dans le cadre d’un plan bien plus vaste. »

Au-delà des tactiques militaires, les recherches de Dean mettent en lumière l’impact plus large de la guerre sur les familles et sur la société. Voir les mêmes noms revenir, des pères, des fils, des frères, montre à quel point peu de foyers en Nouvelle-Zélande ont été épargnés par le conflit. « Quand on pense à des parents ayant quatre ou cinq fils partis à la guerre, on réalise vraiment la peur et l’incertitude dans lesquelles ils vivaient », explique-t-il.

La visite de Te Arawhata a été l’un des moments les plus émouvants du parcours de Dean. « Je ne m’attendais pas vraiment à ce que j’ai découvert », avoue-t-il. « Le musée est profondément touchant. Il a renforcé ma compréhension non seulement de l’engagement des Néo-Zélandais qui ont libéré la ville, mais aussi du lien durable entre la Nouvelle-Zélande et la France, ainsi que des souffrances endurées par les habitants du Quesnoy pendant l’occupation. »

À travers son travail, Dean a également renoué des liens avec des membres de sa famille aux quatre coins du monde, partageant des histoires et redécouvrant des connexions longtemps oubliées. Pour lui, cette recherche ne concerne pas uniquement le passé : elle est avant tout une transmission, afin que ces histoires soient conservées, comprises et transmises aux générations futures.

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