Paul Clark ne se souvient pas avoir manqué une seule cérémonie de l’aube de l’Anzac Day. C’est une journée particulière pour la famille Clark.
Son grand-père, Horatio Clark, qui a reçu la Distinguished Conduct Medal (DCM) pour son rôle dans la libération du Quesnoy pendant la Première Guerre mondiale, est décédé à l’âge de 79 ans après avoir participé au défilé de l’ANZAC à Sydney en 1975.
« Il portait le drapeau. Il a terminé la marche, s’est tourné vers son camarade et lui a dit : “Oh, c’était merveilleux”, puis il a été frappé par une énorme crise cardiaque et c’en était fini », se souvient Paul avec l’humour caractéristique de sa famille.
« J’avais huit ans. C’était quelqu’un de formidable, un père et un koro très aimant », raconte-t-il depuis son domicile de Hamilton, qu’il partage avec son épouse Lisa.
Un mélange d’humour espiègle et d’émotion profonde transparaît dans tous les récits de Paul. Il se souvient notamment d’un voyage à Sydney pour le défilé de l’ANZAC avec son père Bill, qui venait tout juste de fêter ses 80 ans.
« Je lui ai dit : “Tu ne vas quand même pas laisser cette fichue histoire se répéter, hein Bill ?” »
Heureusement, Bill a défilé fièrement à Sydney en mémoire de son père avant de s’éteindre quelques années plus tard, en août 2019, à l’âge de 89 ans, trois semaines seulement avant son 90e anniversaire.
Horatio, bien plus qu’un soldat
Lors de l’Anzac Day cette année, Paul a partagé ses souvenirs d’Horatio lors d’une cérémonie de l’aube organisée par le New Zealand Liberation Museum – Te Arawhata au cimetière militaire du Commonwealth du Quesnoy (Communal Cemetery Extension), lieu de repos éternel de 138 soldats du Commonwealth, dont 50 Néo-Zélandais.
Il portait les médailles d’Horatio et a parlé avec fierté de la vie de son grand-père. Il a également lu la citation militaire soulignant le « courage remarquable et le travail exceptionnel » d’Horatio « à l’est du Quesnoy le 4 novembre 1918 ».
Selon le récit des événements, la compagnie d’Horatio avait été dispersée au cours de l’attaque, l’obligeant à agir « seul, pénétrant sans crainte dans les caves [du Quesnoy] et capturant de nombreux prisonniers ».
Pourtant, l’objectif de Paul n’était pas seulement de parler d’Horatio comme d’un héros de guerre ou d’un soldat.
« J’ai parlé de lui comme de mon grand-père », dit-il, la voix brisée. « C’était très émouvant. C’était difficile. J’ai encore les larmes aux yeux rien que d’y penser.
« Je sais qu’au moment où je prononçais ce discours, mon père aurait été extrêmement fier. Il avait fait de l’Anzac Day un élément central de notre identité familiale. Il l’avait inscrit dans notre ADN. Aujourd’hui, trois générations portent les médailles, puisque mes trois garçons défilent eux aussi [à l’Anzac Day] avec une médaille chacun. »
Portrait d’un papi aimant
Né à Turakina, une petite localité située au sud-est de Whanganui, le 21 octobre 1895, Horatio s’engage à l’âge de vingt ans, en 1916. Tondeur de moutons devenu soldat, il sert au sein du 1er bataillon de Wellington et de la New Zealand Rifle Brigade sur le front occidental pendant la Première Guerre mondiale.
Après la guerre, il rentre en Nouvelle-Zélande et s’installe à Bulls, petite ville située sur la State Highway 1, non loin de Turakina.
Il épouse Alice et ensemble ils élèvent leur famille dans « un mélange d’amour, de routine et d’attention ».
« Mon père disait que grand-père était assez strict avec ses enfants. Mais moi, je ne l’ai jamais vu ainsi, parce qu’avec ses petits-enfants on montre toujours une version plus douce de soi-même », raconte Paul en riant.
Horatio travaille comme tondeur jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’il se réengage pour servir dans la Home Guard à Ohakea, près de Bulls.
Malheureusement, Paul n’a jamais connu sa grand-mère Alice, décédée plusieurs années avant sa naissance. Mais bien qu’il ait été très jeune, il se souvient parfaitement des trajets hebdomadaires entre Waiouru et Bulls pour passer la journée avec son grand-père.
« Il vivait sur une petite propriété avec une vieille maison, trois pâturages, des moutons et une vache pour le lait.
« Quand nous arrivions, il avait préparé un gigot d’agneau rôti avec tous les accompagnements.
« Il faisait des conserves de fruits et ma sœur et moi choisissions chacun notre tour le bocal que nous allions manger ce jour-là. Lui mangeait le reste au petit-déjeuner avec ses Weet-Bix pendant la semaine. »
Horatio adorait pêcher le whitebait sur la rivière Whanganui et ses chiens le suivaient partout, se souvient Paul.
Mais, comme beaucoup d’anciens combattants, il ne parlait jamais de la guerre.
Un pèlerinage du souvenir
Lorsque Paul et Lisa se sont rendus en Europe cette année, leur itinéraire avait été conçu autour de la découverte de leur histoire familiale, de la volonté d’en apprendre davantage sur le parcours d’Horatio et de la rencontre avec des membres de leur famille élargie en Irlande et en Écosse.
« Il s’agissait de renouer avec nos racines familiales. Les commémorations de l’Anzac Day au Quesnoy et la visite du New Zealand Liberation Museum – Te Arawhata étaient au cœur du voyage. »
Paul a été profondément marqué par les 138 soldats enterrés au Quesnoy.
« Ils avaient survécu à Passchendaele et à quatre années de guerre, mais ils sont morts si près de la fin du conflit. Il leur restait une semaine avant de rentrer chez eux. Quand on se tient dans ce cimetière, ça vous frappe de plein fouet. C’était le sacrifice ultime. »
Lors de la cérémonie au Quesnoy, Lisa a déposé un coquelicot sur la tombe d’un soldat inconnu, tandis que Paul a choisi la tombe d’un soldat du régiment de Wellington, pensant qu’Horatio avait peut-être connu cet homme.
« Je vais essayer de retrouver sa famille pour lui dire que j’ai déposé un coquelicot et qu’on s’est souvenu de lui ce jour-là. »
Paul sait que son grand-père a eu la chance de survivre, et ce voyage a renforcé chez lui et Lisa leur désir de poursuivre leurs recherches généalogiques au-delà de l’histoire d’Horatio.
« Au-delà de grand-père, nous n’avons aucune autre information sur notre histoire familiale. Alors, littéralement, nous sommes rentrés dimanche et dès le lundi j’ai envoyé toutes les informations dont je dispose à un site de généalogie au Royaume-Uni pour en apprendre davantage sur notre famille. Nous voulons remonter aussi loin que possible. »